Actualités de la Socité Civile

La grogne grandissante d’une partie de la société civile contre la police

La Constitution tunisienne, adoptée en 2014, protège la liberté de conscience et les libertés individuelles. Pourtant, depuis quelques semaines, une partie de la société civile met en garde contre le comportement de la police qui témoigne, selon elle, d’un véritable tour de vis liberticide.

Depuis mercredi 16 décembre, à la veille de la commémoration du début du soulèvement de 2011,Afraa Ben Azza, 17 ans, est en détention pour avoir participé à une manifestation pacifique contre la destruction du café « Bou Makhlouf », un monument historique, symbole de la ville d’El Kef (au nord-ouest du pays). Après avoir été malmenée par la police, elle sera déférée ce 17 décembre devant un juge.

« On évoque l’état d’urgence pour empêcher les manifestations et on nous dit que la sécurité doit prévaloir sur la liberté, mais ce qui se passe va au-delà de l’entendement », alerte une militante. Quant à l’activiste Ghassen Amami, il relève que Afraa, étant mineure, elle est « détenue dans l’irrespect total du Code de protection de l’enfant ».

Vague d’arrestations de jeunes 

« On préfère mettre les jeunes en prison et laisser les extrémistes libres ». C’est le constat ironique qui circule depuis quelques semaines sur Facebook en Tunisie après une vague d’arrestations de jeunes pour des motifs allant de l’usage de stupéfiants ou la consommation d’alcool aux soupçons d’homosexualité, en passant par la détention de papier à rouler. 

Ce tour de vis des autorités va à l’encontre des principes de la Constitution mais également de l’esprit de la révolution tunisienne de 2011 qui avait été conduite par la jeunesse.  « Un flic reste un flic. On a voulu nous faire croire à la rédemption de ce corps mais ce dernier est formaté à la répression », écrit un blogueur tunisien.

Tensions au sein même de la société civile

Résultat : une montée des tensions au sein même du milieu militant.  Certains d’entre-eux interpellent notamment la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) mais également les partis politiques et leur reprochent leur silence. Ils s’inquiètent de cette cabale contre les jeunes, de la mise en place d’une police des mœurs et surtout du recul tangible des libertés. 

En Tunisie, l’outrage aux libertés commence à inquiéter tout autant les militants que les risques terroristes. Les dirigeants politiques sauront-ils reprendre les choses en main ?

Par Frida Dahmani

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